L'importance de se fixer des objectifs

Combien d’entre-nous ont déjà rejoint une entreprise sans vraiment savoir pourquoi ils le font ?

La réalité, c’est que nous acceptons facilement un emploi pour de vraies fausses bonnes raisons : parce que le travail semble intéressant, parce que le salaire est bon, ou tout simplement pour payer les factures. Elles ne sont pas intrinsèquement mauvaises, et il y a bien pire, mais ce n’est pas avec elles que l’on va se construire, ni se motiver pour se lever quand il faut -15º et qu’il faut traverser la ville à pieds à cause d’une grève des transports. C’est encore plus vrai en période de crise, où trouver un emploi quel qu’il soit est considéré comme prioritaire sur le bien être au travail.

Nous passons la majorité de notre existence au travail et nous voyons plus nos collègues que notre famille ou nos amis. C’est encore plus vrai quand on rejoint une startup. Travailler dans une startup demande un investissement personnel et intellctuel énorme. On ne rejoint pas une startup pour payer les factures, c’est le meilleur moyen de se cramer en quelques mois et finir en burnout. Il faut quelque chose de plus.

Ce petit quelque chose de plus, c’est l’idéal qui motive pour aller à la guerre, une “lettre de mission”. Les entrepreneurs en ont une, c’est elle qui les motive à se lancer dans l’aventure pour changer le monde. Il est vital d’en avoir une quand on rejoint une entreprise, parce que c’est ce qui va façonner les prochaines années de notre existence.

Ce n’est pas le mantra, dont parle Guy Kawazaki dans L’Art de se lancer. Ce n’est pas non plus ce que l’on a l’intention d’accomplir au sein de l’entreprise. C’est une vision, quelque chose de plus grand, un idéal que l’on se fixe, et qui permettra de se motiver les jours de pluie. Cette vision peut être la même que celle de l’entreprise, mais ce n’est pas obligatoire.

Pour accomplir sa vision, il faut se donner des objectifs. Les objectifs, c’est ce que l’on a l’intention d’accomplir au sein de l’entreprise.

Ces objectifs sont très différents des objectifs annuels imposés par l’entreprise, et sur lesquels on est régulièrement évalué. Ce ne sont pas non plus une TODO, un mandat, et ils sont encore différents de la description de poste. Là où l’ordre de mission est du domaine de l’idéal, les objectifs sont de l’ordre du concret.

Si vous travaillez déjà comme cela, vous connaissez l’importance de se donner des objectifs concrets dès le début. En s’y référent régulièrement, ils permettent de savoir où on en est par rapport à son travail. Une fois atteints, il est facile de s’en donner d’autres, ou, à défaut, de comprendre qu’il est temps de quitter la société.

Quand j’ai rejoint blueKiwi Software en février 2008, mon ordre de mission était tout trouvé : éradiquer la gabegie de temps et de ressources induite par l’email en entreprise. Je savais également comment j’allais le faire : en améliorant la qualité et l’utilisabilité du produit pour qu’il devienne un outil de travail aussi naturel que la scie du charpentier ou la matraque du CRS.

Les choses n’ont pas forcément marché comme prévu, et en août 2010, j’ai repris l’infrastructure de la société avec un objectif : je me donnais six mois pour m’éclater dans mon travail à grands coups de challenges, ou je partais. J’y suis encore, notamment parce que chaque défi que je relève débouche sur d’autres, qui me permettent de définir de nouveaux objectifs.

Ne pas s’en donner, au contraire, fait courir le risque de stagner dans son travail, et de perdre une ou plusieurs années avant de comprendre qu’il est temps de partir. Dans ma carrière, j’ai croisé des dizaines de personnes qui, faute de s’être donnés des objectifs concrets, moisissaient dans la même société depuis des années.

Quand mon pote Ben est entré comme apprentis dans le garage de ses parents, il n’avait qu’une idée en tête : éradiquer l’association d’idées garagiste == voleur que se font la majorité des gens dont il avait souffert toute son enfance.

Pendant cinq ans, il a observé la manière dont fonctionnait l’entreprise familiale, et tout noté dans un coin : la prise de rendez-vous, l’accueil des clients, la présentation des devis, la manière dont les véhicules étaient garés avant ou après l’intervention… Quand son père est parti à la retraite, il savait déjà ce qu’il allait faire dans les années à venir : puisqu’il ne pouvait pas changer la manière dont les gens pensaient, il fallait qu’il réinvente le métier de garagiste. Comme Ben est un garçon éminemment pragmatique, il a pour cela défini un certain nombre d’objectifs concrets, sur lesquels je reviendrai dans un article dédié.

  1. Il fallait changer l’expérience de la prise de rendez-vous : une seule et même personne prenait les rendez-vous sur place, par téléphone, et s’occupait de régler / facturer les clients. Le temps d’attente moyen au téléphone face à une insipide musique d’escalator était de sept minutes avant d’avoir quelqu’un au bout du fil pour prendre un rendez-vous. L’attente générait de la frustration et de la défiance vis à vis du garage.
  2. Il devait démystifier son métier. Trop de clients étaient inquiets parce qu’ils se trouvaient face à des choses qu’ils ne comprenaient pas, et avaient l’impression qu’on tentait de les arnaquer.
  3. Il fallait faire disparaitre l’impression d’amateurisme et de désorganisation qui pouvait prévaloir.

Aucun de ces objectifs n’était irréalisable, et c’est peut-être là le secret, si secret il devait y avoir. Toute la difficulté réside dans la capacité à se donner des objectifs suffisamment hauts pour s’offrir de réels challenges, mais non inaccessibles pour ne pas se décourager en cas d’échecs successifs. Réussir trop facilement inhibe le gout de l’effort, il suffit de voir le mal qu’ont les enfants avec des facilités dès qu’ils rencontrent le moindre obstacle. D’un autre côté, trop d’échecs successifs décourage, et dégoute de la réussite.

Tout est une question de dosage, et entrer dans une réelle dynamique de progression est un objectif personnel comme un autre.

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