Le MVP, c'est comme la toute première Rolls, mais sans les options.

Depuis la première bulle Internet, le Web est passé d’un joyeux bordel à une économie de masse. Le marché des startups a muri, et nous sommes entrés dans l’ère de l’excellence. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Jason Calacanis dans sa newsletter hebdomadaire. Corollaire : en 2012, il est de plus en plus difficile de percer avec un produit rapidement ficelé dans son garage.

Apposer “beta” à un logo ne justifie pas de sortir un produit médiocre. Ça n’a rien de nouveau, mais ça n’est pas une évidence pour tout le monde. Beta signifie que le produit évolue encore, que certaines des fonctionnalités existantes vont changer, et que des calages sont à prévoir en fonction des retours de l’utilisateur. Il en va de même avec un concept cher à la lean startup, le Produit Minimum Viable, ou MVP. MVP ne signifie pas qu’un produit n’est pas fini ou buggé mais qu’il a les fonctionnalités minimum pour être viable..

Beta testeur ne signifie plus débugger bénévole, les versions beta offertes au public sont proches du produit fini. Depuis quinze ans, le niveau qualitatif des versions beta a énormément évolué. En 1997, j’ai participé à la beta de plusieurs jeux vidéos. Il s’agissait essentiellement de se frayer un chemin à travers les bugs laissés par les développeurs avant la version finale. Les choses ont depuis énormément changé alors que la vitesse et l’étendue de la propagation des informations se sont multipliés par cent ou mille : une beta bâclée pourrait avoir un impact catastrophique sur les futurs acheteurs. En 2012, une version beta doit être synonyme de zéro bugs.

On peut voir plusieurs causes à cette évolution plutôt positive.

Le public des startups s’est élargi, passant de la communauté des hackers à celle des technophiles avertis. Souvent influencés par Apple, ces early adopters élargis sont beaucoup plus exigeants et s’attendent dès le début à un produit fini. La vitesse de propagation de l’information, véritable téléphone arabe numérique, fait la grandeur et la décadence des sites les plus populaires. Le départ de 2 millions d’utilisateurs de Friendster pour MySpace en trois semaines début 2004 est un des exemples les plus frappants de la jeune histoire du Web.

Chaque fois qu’un nouveau produit apparait sur le Web, une demi douzaine de clones sortent dans les jours qui suivent. Le marché s’accélère, et les early adopters ne sont qu’à un clic de la concurrence, exactement comme dans l’e-commerce. Ce qui était acceptable en 2007 ne l’est plus en 2012 : les fail whale à répétition de Twitter ne passeraient probablement plus aujourd’hui.

L’explosion des app store facilite l’exposition des startups… et de leurs concurrents. Le système de notation et d’appréciations directement importé des sites d’avis de consommateurs a généré une véritable économie de la confiance, favorisant les applications les plus populaires.

Le système de notations et appréciations des app store a entrainé deux activités parallèles.

Les applications demandent à leurs utilisateurs de (bien) les noter avec des méthodes proches du spam. Celles qui fonctionnent sur un système de monnaie ou de biens virtuels proposent des cadeaux aux utilisateurs leur attribuant cinq étoiles. Ce qui peut ressembler à un échange gagnant / gagnant entre l’éditeur de l’application et l’utilisateur fausse en fait toute l’économie de l’application.

Des karma mafia écument les app store et menacent de donner de mauvaises notes et appréciations si les éditeurs refusent leurs demandes. Le phénomène n’est pas nouveau, il sévit depuis des années sur les sites d’avis de consommateurs. À la différence de ces derniers, le modèle non anonyme des app store permet d’en limiter la portée.

Tout ceci a des conséquences directes sur les startups.

L’entrée dans l’ère de l’excellence rend le premier recrutement d’une startup beaucoup plus coûteux. Patrick Collison, cofondateur de Stripe expliquait dans une interview que chacun des grands modules de son service était dirigé de manière quasi indépendante par un ingénieur capable non seulement de développer, mais surtout de concevoir une application de A à Z avec toutes les problématiques d’expérience utilisateur, de cohérence et de performances que cela sous entend.

La quête du mouton à cinq pattes force les startups à offrir des packages de plus en plus impressionnants à leurs ingénieurs. Au mois de décembre, Textmaster recherchait un développeur back office Rails. Dans le package, rien de moins que le déménagement de la société à New York.

La nécessité d’excellence complexifie le processus de développement des produits. À spectre fonctionnel égal, les temps de conception, de développement et de maturation des applications devient plus long. Les notions de design, d’expérience utilisateur, de qualité et de disponibilité doivent être introduites et prises en compte dès le début.

L’histoire de Path illustre typiquement cette nouvelle situation : malgré la renommée de son fondateur, la première version de l’application était passée clairement inaperçue. Il a fallu attendre la seconde version à la réalisation irréprochable, et la transition de la société vers un modèle de design driven company pour qu’elle fasse enfin parler d’elle.

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