Le Velvet Underground

J’ai découvert Lou Reed et le Velvet Underground underground un matin de novembre 1993 ou 1994. Il faisait froid, il pleuvait, et mon blouson vert trop usé n’arrivait plus depuis longtemps à me protéger des intempéries. Comme chaque matin, j’étais arrivé bien trop tôt au lycée pour trouver refuge dans un fauteuil de toile défoncé de l’arrière salle du foyer lycée.

Mathieu ouvrait toujours aux alentours de sept heures et demi, et, protégés par un véritable mur de son, il passait l’heure suivante derrière le bar au carrelage fendu à embrasser Fabienne. Curieusement personne ne venait jamais les déranger avant le lever du jour, protégés qu’ils étaient par l’obscurité et un véritable mur de son. Je connais peu de gens enclins à se prendre Venus in Furs ou Heroin à 120 db avant 8 heures du matin. Moi seul osait venir troubler leur royaume, et je ne suis même pas certain qu’ils aient jamais remarqué ma présence aussi ténue que la fumée de cigarette qui rougeoyait comme un phare en pleine mère.

C’est là dans la pénombre d’une solitude adolescente écorchée vive - personne ne m’attendait, moi - que s’est construite mon éducation Rock’N Roll à la lueur de leurs deux corps : The Doors, Pixies, et en tête de pont, The Velvet Underground and Nico, un album aussi saigné à blanc que je pouvais l’être à l’époque. Et quand la musique se taisait, je séchais mes larmes qui n’avait pas fini de couler, écrasais ma cigarette sous mes baskets bon marché et remontais dans le monde des vivants pour une journée de cours.

Ce soir, Lou Reed est mort à 71 ans, et tandis que j’écoute une fois encore Femme Fatale je sens me réchauffer la braise de la dernière cigarette que j’ai écrasée il y a 18 ans.

Perry the Platypus wants you to subscribe now! Even if you don't visit my site on a regular basis, you can get the latest posts delivered to you for free via Email: