Ville fantome en Arizona

Orkut, Friendster, MySpace… tous ces réseaux sociaux ont connu une croissance exponentielle avant d’être désertés par leurs utilisateurs, faute de choses à y faire, ou de trop grande pollution. Twitter va-t-il connaître le même sort, chacun hurlant dans une gigantesque chambre d’échos sans que personne ne réponde ? C’est en tout cas ce que semble penser Robert Scoble dans What is the new social media ghost town, dont je vous recommande la lecture en ce beau lundi matin de glande.

Il y a tout d’abord les chiffres du following pur, si tant est qu’ils signifient quelque chose. Depuis juillet dernier, Scoble est passé :

  • de 0 à 1,5 millions de followers sur Google+
  • de 13000 à 260000 followers sur Facebook
  • de 240000 à 260000 followers sur Twitter

Et il annonce générer beaucoup plus de conversations sur les deux premiers services.

La “faiblesse” de sa courbe de following sur Twitter l’amène à quatre considérations.

  1. Le nombre de tweets a beau connaitre une croissance exponentielle, les gens ne suivent pas plus d’utilisateurs car ils sont atteints d’infobésité. Le problème : Twitter ne propose aucune fonctionnalité permettant de limiter le bruit reçu.

  2. Même si Robert est sur la liste des utilisateurs recommandés de Google+, ce qui lui a permis d’accroitre le nombre de ses abonnés, il en a eu 230000 avant d’y être ajouté. Beaucoup de gens s’inscrivent sur Google+, et il semble qu’un certain nombre l’utilisent, après tout.

  3. Quand il s’agit d’étendre ses connaissances, Facebook est beaucoup plus efficace que Twitter ou Google+, car les utilisateurs suggérés sont calculés en fonction de votre réseau et non ajoutés dans une liste statique.

  4. Facebook boost le nombre d’abonnements grace aux listes. Si vous êtes ajouté à une liste qui a déjà 30000 abonnés, votre nombre d’abonnés sera augmenté d’autant. Ce n’est pas le cas pour Twitter.

Tout ceci permet à Robert de dire que Twitter est de moins en moins une communauté, et de plus en plus une source d’informations, un agrégateur géant post RSS mortem.

Contrairement à Twitter, Facebook permet de limiter le rapport signal / bruit

Les listes de Twitter sont trop limitatives. Sur Twitter, les listes sont limitées à 500 utilisateurs, et chaque compte ne peut pas créer plus de 20 listes. C’est complètement aberrant vu le positionnement de Twitter comme source d’information.

Le Telex de Facebook est un excellent outil pour attirer votre attention sur les signaux émis par votre réseau : vous pouvez voir ce que vos amis font, lisent, aiment… c’est beaucoup plus utile que le flux d’informations Twitter, beaucoup plus bruyant. De ce point de vue, l’usage se rapproche beaucoup plus de Path, sur lequel on parvient à éviter les check in sur Foursquare, ou les notifications des différents services de statistiques sur l’évolution de vos followers.

Enfin, les outils à la Flipboard, Zite ou Pulse apportent beaucoup moins de valeur que Facebook, parce qu’ils suppriment toute la conversation et les commentaires associés aux status et contenus. Cela pourrait devenir la même chose avec Google+ dès qu’ils ouvriront leur API.

Scoble est-il complètement à côté de la plaque ?

Ce n’est pas la première fois que des prophètes annoncent la chute de Twitter, et ce n’est certainement pas non-plus la dernière.

Les chiffres annoncés sont intéressants, mais ils ne signifient absolument rien.

La faiblesse de la croissance des followers de Scoble sur Twitter signifie que le pool d’utilisateurs susceptibles d’être intéressés par ce qu’il dit s’est tari. Scoble intéresse les fans de technologie, c’est à dire les early adopters. Twitter a 6 ans, 6 ans, c’est très long pour des early adopters. Le temps passant, la part de nouveaux utilisateurs de Twitter intéressés par Scoble va encore diminuer, c’est tout à fait normal.

La première vague de croissance des abonnés de Scoble sur Google+ correspond peu ou prou à cette portion d’early adopters, et il faut admettre que l’outil est bien plus efficace que Twitter pour générer une conversation, pour la simple raison que Twitter n’est pas fait pour ça.

Facebook est beaucoup plus efficace que Twitter pour diffuser des contenus, parce qu’il est dans la nature (et dans le business model) du service de favoriser les interactions entre ses utilisateurs.

Il n’est reste pas moins vrai que le ratio signal / bruit sur Twitter est devenu beaucoup trop faible, et ce même en utilisant des outils et des filtres afin de réduire le bruit : filtres sur des mots clés, listes… Et c’est une des raisons pour lesquelles cet aspect communauté a disparu : parce que ce n’est plus le positionnement du service.

Cela me rappelle d’ailleurs une conversation que j’avais la semaine dernière avec Arne Hulstein, qui se demandait où étaient passés les early adopters, les conversations passionnantes sur Twitter, la passion de ceux qui voulaient changer le monde (technologique), et déplorait l’invasion du service par les marketeux de tout poil. Si les temps ont changé que la crise est passée par là, poussant beaucoup plus le clonage de modèles efficaces, le go to market et la rentabilité à tout prix au détriment de la recherche et de l’expérimentation, la réponse pourrait toutefois être sur Google+, à en croire Scoble.

Quant à moi, je pourrais bien commencer à utiliser un peu plus le service, pour voir s’il ne me permet pas de glaner de l’information un peu plus construite et étayée que sur Twitter. Et vous ?

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