Dans un mail publié sur la liste de discussion des développeurs, Twitter vient officiellement de demander aux éditeurs d’applications tierces de cesser de développer des clients. Si cela semble un coup de tonnerre dans l’écosystème Twitter – mais pas au point de déloger Lorie et Gregory Lemarchal des trending topics, cela n’a pourtant rien d’une surprise.

La raison invoquée par Twitter est proche des arguments d’Apple quand ils ont décidé de refuser les applications tierces ayant les mêmes fonctionnalités que les outils pré installés sur l’iPhone : la firme souhaite harmoniser l’expérience utilisateur, et le trop grand nombre de clients existants, associé à des manières très différentes de présenter l’information risque d’être une grande source de confusion. Même si le client officiel représente aujourd’hui près de 90% de parts de marchés, les 10% restants – Hootsuite, Tweetdeck, ou Seesmic – ne semblent pas encore concernés par cette annonce.

Dead Twitter

(source)

Nous devons nous diriger vers un monde moins fragmenté dans lequel chacun pourra avoir une expérience de Twitter cohérente. C’est déjà ce qui se produit à mesure que les parts de marché des clients officieux diminuent. […] Les développeurs nous demandent aujourd’hui s’ils peuvent créer des applications reproduisant l’expérience utilisateur des clients Twitter officiels. La réponse est non (source).

En mai dernier, j’expliquais en détails comment Twitter allait tuer l’écosystème qui avait fait son succès en officialisant telle ou telle application, bien que ce soit une des pistes vers la rentabilité.

En lançant des clients officiels, Twitter vient donc jeter un gros pavé dans la marre de cet écosystème, puisqu’il entre en concurrence directe avec ceux qui font cet écosystème. À moins d’une fermeture de l’API – une connerie monumentale qui tuerait à coup sûr le service – ce mouvement ne devrait pas affecter ses utilisateurs actuels. Twitter vise donc ses utilisateurs à venir sans qu’une stratégie de rentabilité ne soit visible à court terme. On aurait pu penser que Twitter allait utiliser Tweetie comme une manière de rentabiliser son service, le client coûtant 2.99$ sur l’App Store. Au lieu de cela, le client est devenu gratuit, ce qui exclut de facto la stratégie de monétisation.

Sortons deux minutes de Bisounours Land. Twitter n’a jamais créé et maintenu son API pour le seul plaisir des développeurs tiers, et moins encore pour permettre à d’autres de s’enrichir sur leur dos, et les sociétés qui pensent faire carrière sur une seule API sont aussi stupides que celui qui construit sa maison sur le sable (Mt 7,27).

L’API a permis à Twitter – à Facebook, à Salesforce etc… – de construire un système applicatif satellite sans précédent, accroissant d’autant leur nombre d’utilisateurs. Il leur a aussi offert un magnifique laboratoire leur permettant d’expérimenter à peu de frais ce qui allait marcher ou pas avant de l’internaliser, laissant aux éditeurs d’applications tierces la charge de financer leur R&D et de prendre des risques.

C’est d’autant plus vrai pour les applications permettant de générer des revenus. Au risque d’en ramener certains un peu trop durement à la réalité, j’aimerais rappeler que si Twitter existe aujourd’hui, et s’ils peuvent l’utiliser gratuitement, c’est que des investisseurs y ont injecté de l’argent. Pour paraphraser Jason Fried, une startup est une société sans business model qui dépense l’argent de ses investisseurs. Ces derniers ne dépensent pas pour le plaisir, et attendent un jour ou l’autre un retour sur investissement. Que les conséquences nous plaisent ou non, ceux qui oseraient encore croire le contraire sont des imbéciles.

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