Quelles seront les grandes tendances du Web en 2011 ? Si je devais effectuer mes prédictions pour l’année à venir à l’aune de ce que j’ai vu à la conférence LeWeb 2010, celles-ci seraient totalement différentes selon que j’aie passé ces deux jours dans les deux salles plénières ou au village des startups.

Ceux qui choisi la première option sont certainement repartis la tête remplie de social gaming, mobile gaming, et souvent un mélange des deux, tant ces deux tendances étaient représentées cette année dans les conférences plénières, mais aussi dans le hall principal avec l’impressionnant stand de Zynga, l’éditeur de Farmville, qui n’est pas sans me rappeler l’exceptionnel Simfarm sur lequel j’ai passé des jours et des nuits dans ma jeunesse.

Je ne remets pas en cause l’importance du social gaming, et il suffit de voir le renouveau du jeu de société depuis deux ou trois ans pour se persuader de l’importance du secteur. Cependant, mes rencontres avec une trentaine d’entrepreneurs m’ont persuadé aussi bien dans les allées de LeWeb qu’au village des startups m’ont persuadé que les grandes tendances de 2010 sont la géolocalisation, les services à la personne, et les mobile app stores.

Géolocalisation et services à la personne

Si la grande tendance de l’an dernier tournait autour de ce qu’on a appelé de manière éphémère le Web temps réel, qui a vu le triomphe du flux d’informations brutes, et, faute de réels outils de tri, d’une certaine forme d’infobésité, tandis que le Web social se centrait autour de la notion d’utilisateur – et non de client, sic – 2011 semble se recentrer sur les services à la personne, trop souvent appelé Web local, ou Web de proximité.

Difficile d’ailleurs de dissocier ce dernier de la géolocalisation tant ces deux sujets sont intrinsèquement liés, faisant sortir le Web d’Internet, et le replaçant en tant qu’outil. Je reste persuadé que 2011 marquera la mort de Foursquare faute d’avoir pu trouver de vrais débouchés dans le monde réel propre à accélérer l’adoption de la première vague du grand public. Foursquare aura été un fantastique laboratoire d’expérimentation de la géolocalisation, mais en créant une plate-forme au service de la technologie, au lieu de mettre la technologie au service des gens.

Au contraire, des services comme Groupon / Citydeal, ou Super Marmite (dont Cyril Mougel, co mainteneur de Typo est un des fondateurs) pour ne citer qu’eux auront tout intérêt à mettre ces premiers engouements pour la géolocalisation au service de leur service, même s’ils auront à affronter d’autres problématiques inhérentes à leur nature.

Côté Web social plus traditionnel, Waze, une sorte de GPS avec analyse du trafic basée sur l’envoie de données par ses utilisateurs est une des startups qui ont marqué LeWeb en terminant dans le trio des startups de tête. Je n’aime pas Waze, que je considère comme une source d’augmentation potentielle des accidents de voiture. Aller sur le Web ou conduire, il faut choisir.

Enfin, je viendrai terminer cette revue, avec des services comme le français Opportuner, qui mélange géolocalisation et mise en relation professionnelle – en quelques sorte le Foursquare de l’événementiel – ou Presdo Match viennent compléter ce tour d’horizon d’un Web de plus en plus (hyper) local à surveiller de près.

Les (mobile) app stores

Apple avait montré la voie dès 2008 avec l’App Store pour iPhone, puis pour iPad, et enfin pour Mac à la fois en ligne et connecté à iTunes, les app stores fleurissent maintenant pour toutes les plates-formes, qu’elles soient mobiles ou non.

Ainsi, après Android, Nokia OVI, puis Microsoft avec AllMyApps, Google a dévoilé mardi son Chrome Webstore. On voit là deux tendances émerger : la première va vers la prolifération d’applications natives, et donc pour les développeurs d’applications, la nécessité de développer pour 36 terminaux, et la centralisation d’annuaires d’application Web, ce que Maurice Svay a appelé avec raison une boutique de bookmarks.

Ce second mouvement est particulièrement intéressant car il pourrait précipiter la mort du modèle applicatif que nous avons connu depuis le début des années 80… pour revenir au modèle applicatif que nous avons connu dans les années 60 à l’époque de l’informatique en temps partagé, qu’on nous présente souvent comme une révolution sous le nom de cloud computing. Sic.

Il reste cependant beaucoup de problèmes en suspens, aussi bien sur le plan technologique que de l’adoption, et il faudra bien plus d’un an pour les résoudre.

Le premier est la transition du format d’applications natives vers les applications Web, notamment en mobilité. Le principal frein à cette transition est la réticence des utilisateurs face à une application qu’ils ne possèdent pas sur leur téléphone, et à fortiori, qu’ils ne peuvent pas utiliser hors ligne. Une solution de contournement – et de facilité – est d’embarquer des applications HTML5 dans un moteur de rendu. Cela concerne près de 70% des applications mobiles dites “natives”, n’étant pas concernés les jeux et les applications nécessairement natives.

Le second est le faible taux de pénétration des smartphones et du Web mobile haut débit en dehors des pays fortement développés. Il semble que l’état des pratiques du Web mobile dans les pays en voie de développement n’ait pas énormément changé depuis le séminaire de la Mobile Web Initiative du W3C il y a 4 ans, même si les chiffres ont forcément fortement évolué. On courre donc de plus en plus le risque d’un Web à plusieurs vitesses, avec des barrières à la fois technologiques et financières de plus en plus importantes à franchir entre “le Web d’en haut” et “le Web d’en bas”.

Le troisième, et non des moindres, est la capacité des implémentations des nouveautés d’HTML5 à supporter des usages de masse, à commencer par le stockage hors ligne, dont les performances – et notamment sur mobile – sont bien en deçà d’implémentations natives sur de gros volumes de données. Il m’est aujourd’hui inimaginable d’effectuer des recherches sur plusieurs centaines de milliers de mails en offline comme je pourrais le faire avec une application native.

Évidemment, ces prédictions pour l’année 2011 sont comme les promesses électorales : elles n’engagent que ceux qui y croient, d’autant plus qu’elles se basent uniquement sur les startups présentes à LeWeb, et ne couvrent que des solutions B2C ou C2C, laissant de côté les solutions B2B ou collaboratives. On refera toutefois le point dans un an pour savoir si oui ou non le social gaming a réussi à sortir de Facebook pour entrer dans la vie réelle, et à quel point je me suis planté sur ces mes deux sujets de prédilection.

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