Yammer

Disclaimer : Yammer est un réseau social d’entreprise. Je travaille pour blueKiwi Software, un autre réseau social d’entreprise. Il y a donc probablement un peu de parti pris dans ce qui va suivre. Les opinions exprimés sont les miennes et non celles de mon employeur etc…

Yammer vaut-il vraiment un milliard de dollars ? Ce n’est certainement pas à moi d’en décider, et pour être honnête c’est un peu le cadet de mes soucis. Mais une chose est certaine, Microsoft n’a pas racheté le “Twitter pour entreprises” pour sa technologie. Le produit fait le boulot, mais la réalisation ne casse pas trois pattes à un canard boiteux, et j’ai du mal à y voir une quelconque utilité sur le long terme.

Reste son énorme base de clients / utilisateurs, puisque Yammer s’est lancé sur un modèle dit freemium, et qu’il l’a remarquablement bien fait, en contournant les trois grandes difficultés que rencontrent les réseaux sociaux d’entreprise.

Pénétration

Le premier est la pénétration (non ce n’est pas sexuel espèce d’obsédé(e)) : comment pénétrer dans l’entreprise quand le cycle de vente est pour la plupart du temps très long, et que le retour sur investissement d’un tel outil est difficilement chiffrable ? Se posent ensuite toutes les questions “annexes” qui n’en sont pas, comme la confidentialité des données de l’entreprise dans le cas d’un modèle SAAS, ou la possibilité pour les employés de s’exprimer dans un endroit public qui va toucher toute l’entreprise. Imaginez que le délégué de la CGT puisse envoyer un mail à tous les employés d’une entreprise de 50000 personnes, juste pour voir…

Yammer a parfaitement réussi de ce point de vue. N’importe quel employé d’une entreprise peut ouvrir un compte Yammer en son nom, en utilisant l’email de l’entreprise, et hop, un Yammer pour cette société est créé. Cela permet d’éviter les cycles de vente longs, et de couper l’herbe sous le pied du management en permettant d’entrer dans l’entreprise par le bas.

Viralisation

Le second problème est la viralisation : comment amener mes collègues à venir, puis revenir sur le réseau social d’entreprise ? Comme la très grande majorité des outils sociaux, les réseaux sociaux d’entreprise fonctionnent sur le principe de la masse critique, en deçà de laquelle la mayonnaise ne prend pas.

Yammer reprend les méthodes utilisées sur les réseaux sociaux grand public comme Twitter, ou Facebook : N’importe qui peut inviter ses collègues dès lors que leur adresse email corresponde au domaine entré lors de l’inscription. Sur Yammer, pas de déploiement planifié par le haut, pas de lancement de communauté de travail, tout se fait par le bas.

Cette viralisation par le bas est rendue possible par le mode agora qui est celui par défaut de Yammer, de Twitter etc… Toutes les contributions publiées sont visibles de tout le monde. Cela simplifie considérablement l’entrée sur le réseau, même si ce n’est pas sans danger, et montre que Yammer a été pensé pour des PME, voire des TPE. En effet, si on doit considérer une masse d’utilisateurs critique pour que le réseau prenne, il vient un moment où le bruit engendré est beaucoup trop important pour qu’il soit utilisable. Allez jeter un coup d’oeil à la timeline publique de Twitter juste pour voir.

La viralisation par le bas permet, au passage, de rendre le service “indispensable”, et ainsi de forcer l’entreprise à passer au modèle payant. Au moins en théorie.

Pérennisation

Dans la pratique les choses ne sont pas toujours aussi roses, puisqu’il faut pérenniser l’utilisation du réseaux social en sein de l’entreprise, et là, comme dirait l’autre, c’est pas gagné : il faut lui trouver une utilité, c’est à dire voir comment il va pouvoir s’articuler autour des outils existants, voire les remplacer.

C’est critique pour un service comme Yammer, puisqu’une fois la viralisation sur le modèle gratuit réussie, il faut passer au modèle payant, et surtout renouveler. Si on considère que les freemium ont un taux de transformation d’environ 3%, on peut considérer que moins d’1% des comptes ouverts utilisent réellement le service, ce chiffre étant totalement arbitraire.

De mon point de vue, un Twitter d’entreprise ne sert à rien, à part à générer du bruit, sauf peut-être dans une société dont 80% des employés font de la veille technologique, et la pérennité d’un outil comme Yammer est donc tout sauf assurée. Il faut l’accoler à d’autres fonctionnalités plus utiles pour le travail de tous les jours, sinon il finit par mourir faute d’être alimenté, un peu comme un Tamagochi en fin de compte. Il reste en revanche qu’une intégration de Yammer au sein d’Office 365 pourrait avoir du sens en apportant la couche sociale à un ensemble de services qui eux, ont un réel intérêt pour l’entreprise.

Perry the Platypus wants you to subscribe now! Even if you don't visit my site on a regular basis, you can get the latest posts delivered to you for free via Email: